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Publié par Daniel Murgui-Tomas

Docteur en communication politique et sciences de l’information, Diplômée de la Sorbonne, Ghyslaine PIERRAT accompagne les dirigeants d’entreprise et les gouvernants au quotidien depuis plus d’une quinzaine d’années. Rencontre avec une femme de l’ombre…  

Vous êtes l’une des rares femmes en Europe qui soit Docteur en communication politique, cela veut-il dire que vous exercez le très particulier métier de Spin Doctor ?
GP : Effectivement, on constate, aujourd'hui, la présence automatique d'un conseiller en image que l'on connaît sous le nom de conseillers en communication politique ou « Spin doctors ». On relève également le manque de femmes qui travaillent cette discipline. C'est une discipline délicate. En quelques années, la communication politique s’est transformée : elle s’est intellectualisée. Dans cet esprit, j’ai souhaité garantir à mes interlocuteurs l’acquisition d’un savoir précieux et produire le premier doctorat de communication politique en Europe.

Comment décririez-vous votre travail ?
C’est un job délicat, très particulier où la tâche centrale du conseiller est d'identifier :"le positionnement identitaire différentiel d'image" de son client grâce aux techniques de communication stratégique. Celui-ci ne doit pas être mensonger. Il est essentiel à déterminer, il ne peut être, en aucune façon, issu d'une imposture intellectuelle.
Cette conception du métier met en relief une absolue authenticité de travail. Il ne s'agit pas d'être naïve ou idéaliste. Il s’agit de bien avoir conscience des enjeux, il s’agit de représenter 1 pays quand on travaille dans le champ politique ou de conduire une gouvernance d’entreprise dans le secteur de l’économie… Permettez moi de préciser, en préambule, mon souhait d'exercer cette transversalité sur trois secteurs : l’économie, la finance et la politique.Dans le cas du renouvellement d'une présidence de société ou d'un mandat électoral, une communication maîtrisée apporte un gain compris entre 2 à 5 %. Ce qui est considérable. La communication est devenue non seulement omniprésente mais déterminante voire dangereuse. L'affaire du journaliste Alain Duhamel en apporte un exemple récent.  Au-delà de la formation, rappelons tout de même qu’un conseiller en communication stratégique, c'est d'abord une personnalité et il incarne la personnalité de sa fonction.  En France, feu Jacques Pilhan, Michel Bongrand ont d'abord été ou sont des personnalités hors norme.

Justement, vous avez côtoyé Michel BONGRAND, Jacques PILHAN, Gérard COLE…, en quoi cela a-t-il complété votre formation universitaire ?
GP : Dès 1990, en poste à très haut niveau, j’ai été confrontée à la réalité du terrain et me suis rendue compte très rapidement de la spécificité de la communication stratégique qu’elle soit de dimension politique ou économique. J’ai travaillé chaque mission dans la profondeur et simplement essayé de les réussir. Indiscutablement, tout au long de ces années, les relations avec les conseillers sus cités ou combien d’autres encore ont été l’occasion d’apprendre et de comprendre. J’ai beaucoup compris également en étant dans l’action en France et à l' étranger. C’est une plus value unique. Un grand merci à eux. Aujourd’hui, je garde contact avec de nombreux conseillers

Pour le grand public, on a l’impression qu’à force d’être hommes ou femmes d’influence vous en devenez de véritables gourous !!
GP : Non, il faut être ferme là-dessus, je ne suis pas un gourou et je n'ai pas envie de l'être !!! Parce que ce qui est recherché : c’est l’autonomie à terme d’un individu et pas la dépendance. Dépendance voudrait dire que l’on se banalise, que l’on devient un affidé auprès d’une seule et même personne. Nous travaillons successivement pour plusieurs personnalités et nous nous enrichissons de cette diversité. Nous sommes davantage les " nouvelles vigies de la société contemporaine" que des gourous. Je considère que les conseillers contemporains sont aujourd'hui investis d'une " nouvelle responsabilité sociale".

Avez vous déjà été encarté politiquement ?
Nous devons veiller à notre distance, à notre indépendance d’esprit qui est une garantie forte de la bonne attitude.
Les conseillers ne sont pas des militants, "encartés" ou partie prenante. Je n'ai jamais été encartée politiquement et ne le serais pas.

Pour un conseiller, faut-il être un peu "courtisan" pour garder ses clients ?
Les conseillers en communication politique doivent impérativement exprimer le réel, dire la vérité d’une situation et ne pas jouer un rôle de courtisan.  Dans ce genre de situation, cette attitude relève toujours d'un véritable courage où la moindre pusillanimité est absente. On comprend qu’il existe aussi peu de vrais conseillers stratégiques en communication politico-économique. C’est un job difficile et on compte seulement une petite dizaine de conseillers en communication politique qui excellent dans cette discipline. Le courage se transforme en talent lorsque le conseiller approche au plus près la vérité d'un homme, la vérité d'une situation. Lorsque ce dernier sait faire le lien par exemple, entre la vérité du chef d'Etat et celle de son peuple, entre celle d'un président d’un groupe avec ses salariés ou ses actionnaires, le conseiller est alors dans sa fonction de révélateur de personnalité. C'est une des facettes extrêmement délicate et pointue de ce travail.
Enfin, compte tenu des informations qui surgissent, la nécessité d'une totale confidentialité est une obligation pour le présent et pour le futur. Tous mes clients passés savent à quel point je refuse de les citer même 10 années après avoir travailler aurprès d'eux. C'est un contrat de confiance. C'est un état d'esprit.

Vous oeuvrez tout de même plus pour la communication personnelle d’un ministre ou d’un PDG que pour celle, plus institutionnelle, de son ministère ou de son entreprise?
GP : Le plus souvent, ma fonction est, avant tout, dédiée au mandat du dirigeant d’une société ou à celui d’un ministre ou chef d’Etat. Il n'y a pas de dichotomie entre un patron et son entreprise. Il est l'ambassadeur de sa société et donc celle ci bénéficie de sa plus value charismatique. Cette mission n’est pas déconnectée de la communication institutionnelle, elle est complémentaire et elle doit être harmonieuse. Je suis une force de propositions externalisée.
L’image d’un dirigeant est devenue un capital et un patrimoine. L'image doit être le reflet de la nature profonde d'un être. C’est un travail qui relève de disciplines particulières ou le conseiller doit être dans une position externalisée pour bénéficier d'une liberté de ton et d’attitude autorisées.
Si je travaille pour une communication plus axée sur l’individu, je crois également que l’on ne doit pas chercher à corseter les individus, à les changer. On ne fabrique pas les gens ! Il n’existe pas de modèles A, B, ou C d’homme public ! Les relations d'un chef d'Etat, d'un ministre, d'un député, d'un président ou industriel avec son conseiller sont basées avant tout sur la franchise, la loyauté et la confiance réciproque.
Cela paraît simple en théorie mais en pratique, faire prendre conscience de certaines vérités, dérange.
Ce travail d’identification personnelle et professionnelle est délicat. Nous nous exposons souvent à déplaire ! Mais vous savez, pour une équipe en place, il est parfois très pratique d’avoir recours à un conseiller extérieur comme nous qui peut faire passer certains messages qui sont au creux d’une problématique plus lourde..

Le mot de la fin ?
La communication n'est pas une discipline mineure. A tous nos leaders politiques, économiques de prendre conscience de cet impératif, plutôt que de nous téléphoner quand il y a le feu aux rideaux!!!
Une personnalité se doit de faire des médias training régulièrement, d'anticiper, de travailler sa communication en 2007 et avec des professionnels reconnus. Engagez vous pleinement vers cette discipline de la communication parce qu'aujourdh'ui plus personne ne peut faire l'impasse. Le besoin d'informations, le besoin de réponses, la nécessaire transparence finissent toujours par vous rattraper.
Si vous ne venez pas à la communication, c'est elle qui viendra à vous.

  • Le texte de cet entretien a été relu et amendé par Ghyslaine Pierrat.

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