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Publié par DMT

Marquer les esprits en déclenchant une réaction émotionnelle. L'éternel enjeu d'un passage TV.
Capture d'écran émission Clique sur CANAL+ nov. 2019

Chaque année je me donne de modifier le début de mes cours au Celsa et à l'IEP de Grenoble. Pourtant, je continue de citer Franck Tapiro comme l'un des artisans de la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 via son agence Hémisphère Droit. C'est plus fort que moi. En fait je dis chapeau à ce publicitaire qui a su associer avec bonheur neurosciences et communication politique. Cet enfant de la pub est devenu l'un des pères du marketing émotionnel et plus particulièrement des feel data. Du neuromarketing au media training il n'y a qu'un pas. Ce sont même à mes yeux deux mondes qui se touchent. Un peu comme l'inconscient et l'imaginaire, si souvent sollicités par les communicants de tous poils (nous sommes le 11 novembre lorsque je rédige ce post). Ma joie a donc été grande lorsque Dounia Hannach, fondatrice de l'association Abajad, m'a partagé hier l'une des dernières chroniques de Clément Viktorovitch sur Canal +. La séquence revient sur la façon dont Rachida Tati a noyé le poisson (pour une fois elle ne distillait pas le poison) au moment de répondre à Jean-Jacques Bourdin. Si nous n’employons pas le même vocabulaire technique, je ne peux que reconnaître l'efficacité de l'analyse. La candidate LR à la mairie de Paris est une championne dans l'art de répondre à côté. Il y aurait même eu plusieurs autres ficelles à commenter si le temps l'avait permis. À commencer par son mitterrandien "Non, mais c'est quoi cette question ?", à l'effet boomerang garanti (00.23). En fidèle Sarkozyste, la maire du VIIe arrondissement est également grande consommatrice de questions rhétoriques (01.24). Quand elle n'emploie pas l'expression " Pardon de vous le dire " (01.23),  tellement appréciée par... Emmanuel Macron. Je n'ai donc pas boudé mon plaisir lorsqu'à 02.14 le plus cathodique des profs de Sciences Po a rappelé, infographie à l'appui, que la dégradation des informations traitées par notre mémoire à court terme commence dès la deuxième seconde. D'où cette double nécessité pour un.e politique. D'abord de passer le plus souvent possible à "la télé" pour, tel un produit de grande consommation, finir par être choisi au moment où nous faisons nos courses. Pardon, où nous allons voter. Ensuite, de marquer durablement par ses propos les esprits, en déclenchant une réaction émotionnelle de l'autre côté du poste. Les lecteurs de John Medina savent que nous retenons plus facilement ce qui nous met sur le qui-vive. La prime aux discours anxiogènes a encore de beaux jours devant elle. Particulièrement sur les plateaux des chaînes d'info en continu. Reste la carte de la chaleur humaine et du sourire, voire du fou rire partagé qui réussit si bien à l'ancienne garde des Sceaux. Elle correspond à l'unique émotion primaire positive : la joie. Même si nous la mémorisons moins longtemps, j'incite mes clients à la générer dans l'esprit, le cœur et le corps de leur auditoire. Entre peur et plaisir, notre cerveau est toujours attiré par ce qui lui est le plus agréable. Et il en redemande. Le succès d'Anne-Elisabeth Lemoine à la tête de "C à Vous" en témoigne chaque soir de la semaine.

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